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Practical Solution for Cameroonian SMEs Financing Issue / Solutions Pratiques Au Problème De Financement Des Pme Au Cameroun

Policy brief by Christian Lambert NGUENA, 2013

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Le rôle des petites et moyennes entreprises (PME) dans la lutte contre le chômage et la relance de l’activité économique n’est plus à démontrer. Le Cameroun souffre jusqu’à nos jours d’un secteur privé à plus de 90 % constitué de PME peu viables faute de financement, situation qui tend à s’accentuer avec l’avènement des crises financières. L’essor des PME demande donc la mise en oeuvre d’un mécanisme efficace pour leur financement, pierre angulaire de leur santé et de leur épanouissement. Fort de ce constat, ce policy brief, basé sur une étude, propose différentes actions que les acteurs peuvent engager pour résoudre le problème de déficit de financement dont souffrent les PME camerounaises. Ainsi : • L’État devrait développer et maintenir une politique d’assainissement et de facilitation des mécanismes de financement des PME ; • Les promoteurs des PME et entrepreneurs devraient remettre en cause et corriger leurs comportements préjudiciables à la recherche de financement ; • Et enfin les institutions financières devraient, à l’instar de l’État, faciliter le processus de financement des PME.

ICBE polICy BRIEF


Solutions pratiques au problème
de financement des pME
au Cameroun
par


Christian lambert Nguena
(Centre d’Études et de Recherche en Économie
et Gestion (CEREG) – Cameroun)


AoÛT 2013, N°32



RÉSuMÉ


Le rôle des petites et moyennes entreprises (PME) dans la
lutte contre le chômage et la relance de l’activité économique
n’est plus à démontrer. Le Cameroun souffre jusqu’à nos
jours d’un secteur privé à plus de 90 % constitué de PME
peu viables faute de financement, situation qui tend à
s’accentuer avec l’avènement des crises financières. L’essor
des PME demande donc la mise en œuvre d’un mécanisme
efficace pour leur financement, pierre angulaire de leur santé
et de leur épanouissement. Fort de ce constat, ce policy
brief, basé sur une étude, propose différentes actions que les
acteurs peuvent engager pour résoudre le problème de déficit


de financement dont souffrent les PME camerounaises.
Ainsi :


• L’Étatdevraitdévelopperetmaintenirunepolitique
d’assainissement et de facilitation des mécanismes de
financement des PME ;


• LespromoteursdesPMEetentrepreneursdevraient
remettre en cause et corriger leurs comportements
préjudiciables à la recherche de financement ;


• Etenfinlesinstitutionsfinancièresdevraient,àl’instar
del’État,faciliterleprocessusdefinancementdesPME.


SIEGE SOCIAL
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Le Fonds de Recherche sur le Climat
d’ Investissement et l’Environnement
des Affaires (CIEA) est une initiative conjointe
de TrustAfrica et du CRDI.


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2 SolutionS pratiqueS au problème de financement deS pme au cameroun


ICBE PolICy BrIEf


INTRoduCTIoN


L
es économistes et gestionnaires sont
unanimes : le financement est au
fonctionnement de la PME ce que
l’essence est à la voiture. Résoudre le
problème de financement dont souffrent


les PME – qui constituent 90 % du secteur privé
camerounais selon l’Institut national de la statistique
(INS 2012) – s’avère indispensable à l’atteinte de
l’objectif de faire du Cameroun un pays émergent
en 2035 que s’est fixé le gouvernement. En effet,
ce secteur est une importante source potentielle
de la création de la richesse.


La quasi totalité des PME camerounaises ont pour
dénominateur commun le déficit de financement.
Actuellement selon les statistiques du Fonds
monétaire international (FMI 2011), les banques
de la Communauté économique et monétaire
de l’Afrique centrale (CEMAC) en général, du
Cameroun en particulier, sont de plus en plus
réticentes à l’octroi de crédits au secteur privé.
De plus, il faut noter une prédominance des crédits
à court terme, et la faible proportion relative des
crédits à long terme, révélant la frilosité des
banques commerciales à financer des projets
inscrits dans le long terme.


Cette situation est renforcée par l’avènement des
crises financières et bancaires qui est à l’origine
du rationnement de crédits que connaissent les
économies de la CEMAC.


Malgré des efforts louables, l’appui institutionnel1


en matière de renforcement des capacités des PME
reste faible. Si les PME possèdent des sources
externes de financement diversifiées, cette diversité
de sources de financement n’a malheureusement
pas permis d’améliorer leur situation financière.
La situation paradoxale de sous-financement des
PME cohabitant avec un système bancaire surliquide
montre que se focaliser sur le seul développement
de l’arsenal de financement potentiel des PME
ne suffit pas à régler le problème de déficit de
financement externe dont elles souffrent.


Toutefois, la solution consisterait à résoudre
les problèmes au niveau de chaque acteur dans
le processus de financement pour mieux huiler
le mécanisme.


Trois principaux acteurs interviennent dans
le processus de financement et la formation du
coût du crédit : Les entrepreneurs, qui influencent
la demande sur le marché du crédit ; Les
établissements de crédit, qui décident de l’offre
surlemêmemarché;L’État,quidéfinitlafiscalité
sur le crédit et qui a confié la fixation du prix des
ressources auxquelles les banques accèdent dans
le cadre des appels d’offres positifs à la Banque
desÉtatsdel’Afriquecentrale(BEAC)àtravers
sa politique monétaire.


Cette étude s’est donc intéressée à ce problème en
questionnant d’un point de vue empirique le niveau
de responsabilité des différents acteurs dans le
déficit de financement dont souffrent les PME pour
établir un socle de recommandations capitales à
l’essor de cette catégorie d’entreprise. L’avènement
des crises financières, dont la toute dernière en
2008, vient remettre au premier plan la nécessité
de cette réflexion.



MÉThodE d’ANAlySE
La problématique de financement des PME
camerounaises a été analysée :


• D’abordenmettantenavantuneétude
statistique des niveaux de responsabilités théoriques


(1) En dehors des intermédiaires financiers, nous avons des structures étatiques natio-
nales et internationales d’appui au financement des PME mises sur pied par les gouver-
nements.Eneffet,l’Étatamisenplaceunensembledeprogrammesetdestructurestels
que le Pajer-U (Programme d’appui à la jeunesse rurale et urbaine), le FONDECAM-PME
(Fonds pour le développement et le financement des activités des petites et moyennes
entreprises ), le FNE (Fonds national de l’emploi), le PIAASI (Programme intégré d’appui
aux acteurs du secteur informel), la SNI (Société nationale d’investissement) et tout
dernièrement la création de la BC-PME (Banque camerounaise des petites et moyennes
entreprises) et de la CARFIC (Cameroon Rural Financial Corporation). En plus de ces
organismes nationaux, on dénombre divers organismes internationaux, tels que l’Agence
de la Francophonie – le programme FFS-PME (Fonds francophone de soutien à la PME),
la SFI (Société financière internationale), l’Agence française de développement (AFD)
et sa filiale Proparco, le FED (Fonds européen de développement), le CDI (Centre pour
le développement industriel), la BEI (Banque européenne d’investissement), la BAD
(Banqueafricainededéveloppement)etlaBDEAC(BanquededéveloppementdesÉtats
de l’Afrique centrale).


Résoudre le problème de financement dont
souffrent les pME [...] s’avère indispensable
à l’atteinte de l’objectif de faire du Cameroun
un pays émergent en 2035 que s’est fixé le
gouvernement.




3 SolutionS pratiqueS au problème de financement deS pme au cameroun


ICBE PolICy BrIEf


et pratiques des entrepreneurs et des différentes
structures œuvrant dans le financement ;


• Ensuite,eneffectuantunevérification
économétrique de ce niveau de responsabilité à
l’aide des données en coupes transversales issues
de la base de données du Japan International
Cooperation Agency (JICA), complétées par
une enquête2 sur les procédures de financement
des PME au Cameroun auprès des institutions
concernées. Nous avons utilisé un modèle logit
multinomial consistant à expliquer le déficit de
financement externe des PME par un ensemble
de facteurs potentiels.


pRINCIpAux RÉSulTATS


Il ressort de l’analyse descriptive des données de
notre enquête, premièrement que les entrepreneurs
adoptent généralement des comportements
indélicats liées à des conceptions et préjugés
qui leurs sont préjudiciables lors de la recherche
des financements. Ils ont trait à :


• L’attachement aux conceptions culturelles
et religieuses des promoteurs des PME :


La constitution en structure quasiment familiale des
PME ; Le besoin de contrôle total de la structure par
le promoteur ; La mauvaise perception de l’intérêt
bancaire par la communauté musulmane ; Le bas
niveau d’instruction ; Le manque d’information ;
L’éloignement géographique.


• Les réalités socioéconomiques du Cameroun
et autres difficultés :


L’exercice dans l’informel et/ou la clandestinité des
PME ; La non-appartenance aux syndicats et/ou
associations de PME ; L’absence d’un organigramme
précis au sein de la PME ; L’indisponibilité des
informations sur le fonctionnement de la PME.


Deuxièmement, les institutions financières, en plus
de l’exposition aux crises financières et la recherche
cardinale du profit, sont confrontées
à des problèmes tels que :


• La faible mobilisation de la monnaie de crédit
principalement due :


À la concentration des activités bancaires dans
les zones urbaines et à l’insuffisance des produits
financiers ; Aux niveaux et écarts entre les
taux d’intérêt débiteurs et créditeurs; À la faible
transformation des dépôts bancaires ;
À la préférence pour les crédits de court terme.


• L’asymétrie d’information dans la relation Banque/
PME renforcée par :


Le faible apport en fonds propres et l’absence
d’instruments de gestion de risque.


Suite à l’analyse économétrique, nous sommes
arrivés aux principaux résultats suivants:


• LesPMEdisposantdespiècescomptables,
demandant du crédit dont les tranches sont
comprises entre 500 000 FCFA et 1 000 000
FCFA, constituées en propriété individuelle ou en
Groupement d’initiative commune (GIC), acceptant
de payer un taux intérêt de moins de 20 %, exerçant
une activité commerciale, ayant un nombre élevé
d’employés, sollicitant des emprunts à court terme
ont plus de chance de bénéficier de financements
externes ;


• Àl’inverse,lesPMEnedisposantpasdes
documents comptables, demandant des tranches
de crédit de plus d’1 000 000 FCFA, constituées en
société à responsabilité limitée (SARL) ou en société
anonyme (SA), acceptant de payer un taux intérêt
moyen, exerçant dans le secteur industriel, ayant un
faible nombre d’employés, sollicitant des emprunts à


les entrepreneurs ne s’investissent pas
toujours de façon irréprochable dans
la recherche des financements extérieurs
et l’État n’exploite pas pleinement son pouvoir
de régulateur.


(2) En effet, une enquête a été menée auprès des PME et des banques commerciales
des villes de Yaoundé et de Douala. Grâce à un questionnaire, nous avons de manière
précise établi les sources de financement choisies par les PME par ordre de priorité, le
degré de satisfaction procuré par ces sources de financement, le niveau d’information sur
le marché financier, les raisons qui empêchent les PME d’accéder au marché financier,
les caractéristiques des PME et les conditions des établissements financiers.




4 SolutionS pratiqueS au problème de financement deS pme au cameroun


ICBE PolICy BrIEf


moyen et long terme ont moins de chance
d’en bénéficier.


En guise de récapitulatif, on constate que tous les
acteurs dans le processus de financement des PME
sont, chacun à des niveaux différents, responsables
de la situation de déficit de financement qui prévaut.
Le contexte de crise financière dans lequel a été
mené l’étude vient encore renforcer ce problème.


Les banques, pourtant en situation de surliquidité,
sont de plus en plus réticentes au financement
des PME et ne facilitent pas toujours la tâche
aux PME qui les sollicitent. Les entrepreneurs ne
s’investissent pas toujours de façon irréprochable
dans la recherche des financements extérieurs
etl’Étatn’exploitepaspleinementsonpouvoirde
régulateur.


RECoMMANdATIoNS dE
polITIquE ÉCoNoMIquE


Nos précédentes investigations empiriques
statistiques et économétriques sont à la base
des recommandations suivantes concernant les
principaux acteurs que sont l’État, les PME et
les institutions financières.


• Suggestions des mesures à prendre par l’État :


À la lumière des résultats de notre
étude empirique, l’État dans sa politique
d’assainissement des mécanismes de
financement des PME devrait prendre
les mesures suivantes :


- Limiter le volume du dossier à quelques pièces
indispensables et décentraliser le lieu
de constitution et de dépôt du dossier ;


- Administrer les taux d’intérêt dans le but de
les maintenir à un niveau bas ;


- Accelerer, d’une part, le fonctionnement
effectif de la bourse des valeurs du Cameroun
et du marché financier et, d’autre part,
encourager les PME à se rendre sur ce marché,
par exemple par des séminaires de formation
et d’information ;


- Organiser constamment et si possible
gratuitement des séminaires de formation et
de récyclage en recherche de financement pour
le personnel des PME formelles ;


- Prendre des mesures incitatives au sein
des PME pour encourager à la tenue d’une
comptabilité formelle et régulière avec l’aide
d’institutions telles que la Direction générale
des impôts ;


- Créer des établissements financiers publics
spécialisés dans le financement des PME en
fonction du statut juridique, du type d’emprunt
et du secteur d’activité.


• Suggestions de la conduite à tenir par les
promoteurs des PME :


Considérant les résultats de notre étude, il est
souhaitable que les promoteurs des PME revoient
leurs attitudes dans leur recherche
de financement pour convaincre les banques.
En effet :


- Des efforts doivent être fournis dans le sens de
la décentralisation de la gestion des structures
et du respect d’un organigramme qui organise
les tâches entre les différents individus ;


- La gestion doit être orthodoxe avec
la production de documents comptables
qui constituent une pièce maîtresse lors de
la recherche du financement ;


- Le regroupement en syndicat permettrait une
meilleure expression des besoins, constituerait
une source d’information permettant
une meilleure évaluation du risque par les
établissements financiers.




5 SolutionS pratiqueS au problème de financement deS pme au cameroun


ICBE PolICy BrIEf


• Suggestions de la conduite à tenir
par les institutions financières :


En nous basant sur les résultats de notre étude
empirique, nous recommandons aux banques
dans le but d’assainir le circuit de financement
des PME de :


- Éviter d’évaluer les risques en se basant sur
des préjugés mais plutôt en se basant sur
une étude objective des informations et des
documents comptables produits par les PME ;


- Créer et offrir des produits financiers
attrayants et adaptés aux différents types
de PME ;


- Élaborer, définir et mettre en œuvre des
stratégies permettant la mobilisation des dépôts
à terme pour le financement des montants
élevés et de long terme des PME ;


- Développer au sein de la bourse des valeurs
du Cameroun des segments attrayants, adaptés
et orientés vers les besoins de financement
des PME.



RÉFÉRENCES BIBlIoGRAphIquES


IMF/IFS Data base 2011 www.imf.org/external/data.htm


INS Data base 2012 www.statistics-cameroon.org/


MINPMEESA (ministère des petites et moyennes
Entreprises,del’Économiesocialeetdel’Artisanat),
2009, Étude sur la Formulation du Plan Directeur
(M/P) pour le Développement des Petites et Moyennes
Entreprises en République du Cameroun, Rapport Final,
Agence Japonaise de Coopération Internationale, Unico
International Corporation, IDD-JR-08-069.




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